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  • « Bâti végétalisé et biodiversité urbaine »
    le 21 octobre 2021
    SNHF – Société nationale d’horticulture de France

     

     

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    Bâti végétalisé et biodiversité urbaine

    L’Adivet, l’association des toitures et façades végétales, organisait jeudi 21 octobre, un colloque sur « Bâti végétalisé et biodiversité urbaine », à la SNHF (Société nationale d’horticulture de France). La volonté de l’association était de faire intervenir des personnes d’horizons divers, spécialistes de la biodiversité, de l’environnement, mais aussi de l’architecture et de l’urbanisme, pour questionner la dimension biodiversité de la végétalisation du bâti.

    Accueilli par le Président de la SNHF, les quelque 140 participants se sont retrouvés dans l’amphithéâtre de cette institution. Après l’introduction du Président de l’Adivet, Yannik Beix, et la présentation de la journée par Frédéric Madre (Topager, chercheur associé au CESCO (MNHN-CNRS-SU)), la députée, Vice-Présidente la commission de développement durable et de l’aménagement du territoire et Présidente de l’Alliance HQE, Marjolaine Meynier-Millefert, a ouvert la journée d’échange. Elle a notamment souligné le fait qu’on « était passé du pourquoi au comment faire ». Elle a développé les trois enjeux actuels : la lutte contre l’artificialisation des sols nécessitant d’éviter l’étalement urbain et donc de « Réanchanter la ville et de la rendre à nouveau désirable », réagir face à la dégradation de la biodiversité, correspondant « à la sixième extinction de masse des espèces », et, enfin, l’adaptation au changement climatique en « Réduisant ses impacts grâce aux puits de carbone que sont les espèces végétales (…) et prévenir la formation des îlots de chaleur en leur opposant des îlots végétaux ».

    Pascale Dalix, fondatrice et dirigeante de l’agence d’architecture Chartier-Dalix, a ouvert des pistes sur les fonctions de l’architecte et de l’architecture qu’il conçoit, au travers de la présentation de réalisations qui intègrent le végétal, comme l’université de droit Paris I, le groupe scolaire de la biodiversité à Boulogne, le nouveau siège de l’APHP ou bien encore l’hôtel logistique Sogaris à Vitry-sur-Seine. Autant de projets qui ont amené l’agence à s’interroger sur l’accueil du vivant, en articulation avec les fonctionnalités attendues d’un bâtiment : construit-on uniquement pour les usagers ou aussi pour la faune et la flore ? Le bâtiment peut aussi « porter son propre paysage lorsqu’il n’y a plus d’espace pour la pleine terre ». Chartier Dalix poursuit ses recherches pour trouver des solutions multifonctionnelles : « tenir, isoler, nourrir et accueillir le vivant » pour un mur en cours d’installation pour laquelle un brevet a été déposé. Sans oublier de partager cette végétalisation en mur et en toiture avec le quartier alentour et permettre ainsi le lien social.

    Hemminki Johan, chargé de mission à l’Agence régional de biodiversité d’Ile-de-France a détaillé l’étude Grooves, publiée au printemps 2021. Il a souligné l’importance et la richesse de la biodiversité observée sur les 36 toitures étudiées, avec 400 espèces floristiques détectées dont 73 % spontanées ! Côté faune, ce sont 611 espèces qui ont été inventoriées mettant en œuvre une chaîne trophique fonctionnelle. L’intervenant a conclu en recommandant de diversifier les typologies de toitures – extensif, semi-intensif et intensif -, les hauteurs de substrat et les palettes végétales afin d’optimiser la mise en place de biotopes en toitures, participant réellement à l’accueil de la biodiversité.

    Robin Dagois, chargé de mission sols urbains, agronomie et innovation végétale à Plante & Cité, a présenté Florilège en toiture, un projet ayant pour but d’inventorier la flore plantée et spontanée des toitures, afin de communiquer auprès des concepteurs et gestionnaires de ces ouvrages. Au total, sur 86 toitures étudiées, réparties sur l’ensemble du territoire français, 602 taxons ont été relevés comprenant 57 % de spontanés. Si les sédums ont la part belle (avec toute leur diversité propre), on trouve nombre d’annuelles spontanées (trèfle par exemple) dont certaines sont mellifères, des vivaces (euphorbe, lavande, thym, fétuque), mais aussi des plantes interdites en toiture à cause de leurs racines qu’il faut veiller à retirer.

    Concernant la faune, Maëva Felten, de la LPO, a montré que si la ville était peu favorable à l’accueil de la faune, la végétalisation des toitures pouvait contribuer à lutter contre la disparition des espèces dans un cadre urbain (- 28 % entre 1989 et 2019). Au travers de ses programmes Nature en Ville et Refuge, la LPO accompagne les projets de végétalisation du bâti, recommandant des hauteurs de sol variées, la plantation de différentes strates végétales, la présence de bosquets et de haies vivrières, l’utilisation de végétaux locaux, l’apport de bois mort ou de roches, la création de mares récupérant les eaux de pluie. Favoriser la nidation demande d’installer des gîtes adaptés. Enfin, en termes d’entretien, il est recommandé de faucher une à deux fois par an, assez haut et… de communiquer auprès des usagers sur ces pratiques qui n’entraînent pas l’esthétique « soignée » attendue couramment.

    L’après-midi, le colloque a repris avec la présentation de trois retours d’expérience ayant visé l’accueil de la biodiversité.

    1 – Réaménagement d’une ZAC, devenue le Vilage Delage, à Courbevoie (92), par Vincent Glady de Topager

    Plusieurs typologies de toitures et façades correspondaient aux 3 000 m² à végétaliser : patio d’ombre (végétalisé comme un sous-bois), jardins privatifs suspendus et jardins partagés (lieux d’échange et de pédagogie), toiture inaccessible (25 à 30 cm de substrat, palette végétale multistrates, refuges pour la faune) et façades couvertes de grimpantes.

    2 – Collège de la Paix à Issy-les-Moulineaux (92), par Lionel Sindt de Sopranature

    L’objet de ce projet était d’étudier in situ la biodiversité et de dégager les éléments la favorisant. Les 1 500 m² de toiture concernés ont été végétalisés avec une dominante de poacées et de graminées, sur un substrat de 10 cm. Très vite, des spontanées (fabacées et astéracées) se sont invitées, attractives pour l’entomofaune, que ce soit les pollinisateurs ou les phytophages. 630 individus ont été dénombrés, répartis dans 22 familles et 7 ordres. Un véritable écosystème s’est mis en place.

    3 – Maison de la petite enfance à Mérignac (33), par Yannis Delalandes de Biotopes Création

    Ce projet avait pour cahier des charges de « remplacer » la prairie initiale par une végétalisation en toiture. Pour ce faire, une palette végétale variée a été mise en œuvre, évoluant au gré des saisons et des années, connectée avec les grands arbres environnants et bénéficiant d’un entretien adapté (une fauche tardive à l’automne).

    Avec Sophie Boulanger-Joimel, maître de conférences à AgroParisTech, c’est le volet des sols – plus exactement des « techno-sols » qui a été abordé. Réservoir de biodiversité, les sols accueillent 25 % des espèces terrestres. Celles-ci permettent au sol de fonctionner en recyclant la matière organique, en rendant l’azote disponible pour les plantes, en aidant à la structuration du sol et à son enrichissement. S’appuyant sur trois retours d’expérience, l’intervenante note que les toitures végétalisées présentent une biodiversité aussi riche qu’en pleine terre, voire plus élevée que pour des jardins familiaux ou des terres agricoles, constituant ainsi un bon support pour la biodiversité même si certaines des espèces présentes sont apportées par l’intervention de l’homme et doivent être adaptées à la nature de ces milieux secs. La question de la connectivité de la toiture avec son environnement se pose, certaines colonisations semblant venir « d’ailleurs » (ni installation initiale ni amendement a posteriori).

    Morgane Flégeau, maître de conférences à l’université de Lorraine, a apporté son regard de géographe et d’urbaniste afin de prendre du recul et d’analyse comment les formes urbaines et la biodiversité interagissent, mises en place ou favorisées par les politiques locales. Des programmes comme BAUM (Biodiversité Aménagement Urbain Morphologie) ont montré comment la présence de bâti végétalisé pouvait enrichir la biodiversité d’un quartier ; que plus la surface concernée était grande, plus la biodiversité était riche ; que la connectivité entre les espaces végétalisés, au sol ou non, via des corridors écologiques ou des « pas japonais », était essentielle pour enrichir la biodiversité. On peut alors parler de connectivité en 3D où le bâti végétalisé peut jouer un véritable rôle. L’intervenante a brossé ensuite un état des lieux des politiques locales pour encourager ces pratiques.

    Retenu par la tempête Aurore, Olivier Lemoine, Directeur scientifique et technique du Cibi, a été remplacé au pied levé par Martin Sénéchal, responsable commercial biodiversité au bureau d’études Elan (groupe Bouygues), pour faire un focus sur l’évaluation de la biodiversité au travers du label Biodivercity. La philosophie de ce label est « d’écologiser » l’immobilier afin que, du maître d’ouvrage à l’utilisateur, en passant par le maître d’œuvre et avec l’accompagnement d’un écologue, les projets puissent être pensés selon l’axe de la biodiversité. Les propos ont été illustrés par les réalisations de Biotope, siège de la métropole européenne de Lille, la Seine Musicale à Boulogne-Billancourt et la résidence Les Helliades à Angers.

    Philippe Clergeau, professeur d’écologie au Muséum National d'Histoire Naturelle, a conclu le colloque : « Parmi les mots-clefs que je retiens de cette journée, le premier auquel je pense est ‘Ça me fait plaisir’. En effet, après 30 années consacrées à la biodiversité et 15 au bâti végétalisé, je vois une vraie dynamique se mettre en place dans le domaine et cette longue démarche porter ses fruits. » Il a pointé un certain nombre de sujets telles des pistes de travail :

    -        L’irrigation avec la rétention comme ressource ;

    -        L’entretien à rendre obligatoire via un plan de gestion ;

    -        Travailler de concert – espace public et espace privé – pour avancer ensemble sur ces questions de bien commun ;

    -        Innover aussi bien en termes de design architectural que de matériaux ;

    -        Intégrer les végétaux dans l’analyse du cycle de vie des bâtiments ;

    -        Réfléchir aux mieux-être des citadins ;

    -        Travailler sur les questions de connectivité en 3D - dans laquelle s’intègre le bâti végétalisé-, aux formes urbaines à concevoir pour développer celle-ci ;

    -        Intégrer les incertitudes tel que le changement climatique.

    En résumé, Philippe Clergeau a posé la problématique d’articuler les échelles locale – le bâti – et globale – le quartier, la ville – pour penser un écosystème durable, avec pour objectifs de :

    -        Végétaliser la ville, indispensable afin qu’elle soit vivable ;

    -        Favoriser la biodiversité, incontournable pour que la ville soit durable et inclusive ;

    -        Faire de l’urbain un écosystème vivant et multifonctionnel.

    Enfin, Yannik Beix a remercié les intervenants et les participants, saluant « cette journée, riche de par ces interventions mais également de par les échanges qui ont eu lieu en séance et pendant les temps de convivialité. » Il a déclaré : « L’objectif de ce colloque a été pleinement rempli : l’Adivet a pris la parole auprès d’une communauté large pour interroger finement l’un des bénéfices écosystémiques de la végétalisation du bâti, la biodiversité, enjeu majeur actuel. Nous allons poursuivre ces rencontres régulièrement, sur d’autres thématiques. Reste la question de l’évaluation – quantifiée et/ou qualifiée – sur laquelle travaille l’Adivet et qui donnera lieu à la publication d’un référentiel d’ici la fin de l’année. »

     

    Présentation des intervenants (dans l'ordre d'intervention)

    Frédéric Madre

    Frédéric Madre, docteur en écologie urbaine, a soutenu en 2014 une thèse sur la biodiversité des bâtiments végétalisés, travaux de recherche pionniers en France sur le sujet. Il a ensuite cofondé la jeune entreprise innovante Topager qui conçoit, réalise et entretient des projets d'agriculture urbaine et de végétalisation en faveur de la biodiversité sur les toits des villes. Il est aussi chercheur associé au laboratoire CESCO (MNHN - CNRS - SU), Centre des Sciences de la Conservation, et accompagne des projets scientifiques sur la thématique de la végétalisation et des relations citadins/biodiversité.

    Marjolaine Meynier-Millefert

    Députée de la 10e circonscription de l’Isère, Marjolaine Meynier-Millefert est vice-présidente de la commission du développement durable et de l’aménagement du territoire. Depuis mars 2019, elle est rapporteure de la Commission d’enquête sur l’impact économique, industriel et environnemental des énergies renouvelables, sur la transparence des financements et sur l’acceptabilité sociale des politiques de transition énergétique. Elle est également présidente de l’Alliance HQE.

    Pascale Dalix

    Architecte DPLG, fondatrice et directrice de l’agence ChartierDalix, P. Dalix est également membre de l’Académie d’Architecture et enseignante à l’Ecole d’Architecture de Versailles. En douze ans d’expérience, une vingtaine de bâtiments ont été livrés par l’agence, dont le groupe scolaire de la biodiversité à Boulogne-Billancourt. L’architecture est envisagée comme un système construit combinant l’accueil du vivant et la poésie.

    Hemminki Johan

    Naturaliste et écologue à l'Agence régionale de la biodiversité en Île-de-France. Spécialisé en entomologie, il s'intéresse notamment aux démarches et pratiques favorables à l'intégration de la biodiversité dans le milieu urbain. A travers plusieurs études de l'Agence, il cherche également à mieux comprendre le rôle et les interactions avec le vivant de certains espaces tels que les cimetières, les toitures végétalisées ou les sites en agriculture urbaine.

    Robin Dagois

    Robin Dagois est chargé de mission Sols Urbains, Agronomie et Innovation Végétale à Plante & Cité. Il anime et coordonne des études en lien avec diverses questions sur les sols urbains, la gestion de l'eau et le bâti végétalisé. Depuis 2018, il participe notamment à des études sur la désimperméabilisation des villes, la biodiversité des sols urbains, la construction de sols à partir de délaissés urbains et la gestion et la conception écologiques des espaces verts.

    Maeva Felten

    Maëva Felten est ingénieure agronome de formation et titulaire d’une maitrise en fonctionnement et gestion des écosystèmes. Elle participe aujourd’hui à l’amélioration de la prise en compte de la biodiversité dans l’aménagement du territoire en tant que responsable du programme Nature en ville de la LPO. Elle anime le club Urbanisme, Bâti et Biodiversité qui réunit, plusieurs fois par an, les acteurs de l’aménagement autour de thématiques telles que biodiversité et chantiers urbains, les sols vivants, les trames écologiques, etc.

    Sophie Boulanger-Joimel

    Docteure en sciences agronomiques, Sophie Joimel est Maître de conférences à AgroParisTech (UMR INRAE-APT ECOSYS). Elle participe à la formation des étudiants ingénieurs et masters et développe des recherches sur la biodiversité des sols : dynamique et patrons de distribution, contribution aux services écosystémiques, etc. en milieu agricole et urbain. Référente scientifique de la toiture Bertrand Ney, elle gère la coordination des projets sur cette toiture potagère expérimentale d'AgroParisTech située dans le centre de Paris.

    Morgane Flégeau

    Morgane Flégeau est maîtresse de conférence en Géographie et Aménagement à l’Université de Lorraine. Ses thématiques de recherches portent sur la prise en compte des questions environnementales et écologiques dans les politiques publiques, notamment urbaines. Elle a participé à la réalisation d’une revue systématique portant sur les liens entre biodiversité et formes urbaines dans le cadre du programme Baum (Biodiversité, aménagement urbain et morphologie) – porté conjointement par le Plan urbanisme construction architecture (Puca), le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et la FRB.

    Olivier Lemoine

    Naturaliste (botaniste, ornithologue) et écologue, Olivier LEMOINE est un expert et un pionnier de la biodiversité en France. Il a une carrière d’ingénieur écologue conseil. Il a été Vice-président de l’AFIE (Association Française Interprofessionnelle des Ecologues). Aujourd‘hui, Il dirige le pôle biodiversité-biophilie d’ELAN, société de conseil en immobilier durable, et anime la thématique biodiversité et construction chez Bouygues Bâtiment France Europe. Initiateur des labels BiodiverCity©, il est avec Elan membre fondateur du CIBI, dont il assure aujourd’hui la fonction de Directeur scientifique et technique.

    Philippe Clergeau

    Philippe Clergeau est professeur d’écologie au Muséum National d'Histoire Naturelle et consultant en urbanisme écologique. Ses recherches en écologie sont ciblées sur l’installation des biodiversités urbaines et notamment sur le rôle de l'organisation des paysages et des planifications. Il travaille sur la mise en œuvre des trames vertes et sur l’ingénierie écologique des bâtiments et infrastructures. Il anime plusieurs programmes interdisciplinaires et enseigne dans de nombreuses grandes écoles dont des écoles d’architecture et de paysage. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur la gestion de la nature dans la ville, notamment Clergeau, P. coord 2020. Urbanisme et biodiversité, Rennes : Apogée ed. Pour en savoir plus : http://philippeclergeau.free.fr 

  • Articles de presse
  • - "Horticulture et Paysage" de février 2012 - (téléchargement)
    - "Colloque CSTB-ADIVET" du 5 décembre 2007 - vers page web
    - " Etanchéité info" juin 2006 (téléchargement)
    - " Actu Environnement" article du 7 mars 2006 (téléchargement)
    - " Journal du bâtiment et des TPen Rhone-Alpes" Mars 2006 (téléchargement)
    - " ça m'intéresse" septembre 2005 (téléchargement)
    - " Art bâtiment artisanal" avril 2005 (téléchargement)
    - " Fémina" mars 2005 (téléchargement)
    - " Le meilleur" octobre 2004 (téléchargement)
    - " Téléstar" juin 2004 (téléchargement)
    - " Applitec" juin 2004 (téléchargement)
    - "Le Parisien" mars 2004 (téléchargement)